Ce dossier à pour but de vous aider à comprendre le Bitcoin, grâce à une explication simple mais précise. Pour comprendre le Bitcoin et la blockchain plus en profondeur, vous pouvez lire les dossiers suivants :

Le Bitcoin, kézako ? Comprendre le Bitcoin

La première fois que j’ai échangé quelques euros en Bitcoin, j’ai fait exactement ce que je déconseillerais à quiconque de faire aujourd’hui : investir sans comprendre dans quoi on investit. Ce n’est pas pour rien que le célèbre homme d’affaire Warren Buffet, lui même, applique cette règle avec une rigueur infaillible.

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai rapidement acquis la sensation d’avoir déjà avoir tout compris du Bitcoin. Tout paraissait simple : le Bitcoin est une monnaie cryptographique qui permet d’obtenir des transferts d’argent instantanés, presque gratuits, et anonymes.
Sauf que je ne savais pas ce que cryptographique voulait dire,  et que le transfert n’est pas toujours aussi instantané, gratuit et anonyme qu’on le prétend.

Alors, pour vous permettre d’éviter des phases de doutes et de fausses certitudes sur ce que sont le Bitcoin et la Blockchain (car ces deux notions sont intimement liées), nous allons vous donner les clés pour comprendre ce que sont ces innovations qui font le buzz depuis plusieurs mois déjà.

Comprendre le Bitcoin, c’est comprendre la blockchain

Tout d’abord, il est important de savoir que le Bitcoin ne peux pas exister sans la blockchain, qui est, de fait, la technologie sur laquelle repose toute crypto-monnaie. C’est pourquoi, selon la légende (1), Satoshi Nakamoto les a développés simultanément en 2008, suite à la crise des subprimes, comme réponse au système bancaire jugé défaillant.
Personne ne sait qui est Satoshi Nakamoto, mais cela n’a pas empêché l’essor du Bitcoin et de la blockchain au cours des dix dernières années.

Pour reprendre les explications d’Andreas Antonopoulos (2), le Bitcoin est à la fois une crypto-monnaie, une technologie (la blockchain) et un réseau décentralisé (3).

Le Bitcoin : une crypto-monnaie.


Le bitcoin est une monnaie digitale, tout comme l’euro, le dollar, le Yen, et toutes les autres monnaies « classiques », fiduciaires (appelées « fiat » dans le monde des cryptos).
 En effet, pour l’euro, comme pour le Bitcoin, il est possible d’envoyer depuis son compte une certaine quantité de monnaie à une autre personne (ou à une entreprise si on effectue un achat).


Supposons que pour l’anniversaire de votre petite soeur, vous souhaitiez lui offrir 500 euros pour qu’elle puisse s’acheter ses premiers Bitcoins (0,06 Bitcoins au cours actuel). Soit vous lui transférez 500 euros pour qu’elle effectue l’achat de Bitcoins elle même, soit vous lui envoyez directement 0,06 Bitcoins. Dans les deux situations, vous possédez une monnaie, que vous lui transférez.

Dans le premier cas, la banque se chargera de noter que votre compte en banque passe de 1000 euros à 500 euros.
Dans le second cas, c’est la technologie derrière le Bitcoin qui se chargera de débiter votre compte, pour créditer celui de votre frangine. C’est une différence cruciale des deux écosystèmes : l’un nécessite un intermédiaire (la banque), l’autre est « peer-to-peer » (particulier à particulier) et donc sans intermédiaire (sans banque).

Plus qu’une simple monnaie digitale, le Bitcoin est une monnaie cryptographique. Moi aussi, quand j’ai vu ce mot pour la première fois, mon cerveau a tellement pris peur qu’il s’est fait la malle. Mais n’ayez crainte, le concept est relativement accessible : la cryptographie est un procédé par lequel l’information est codée, de façon a assurer la confidentialité entre l’émetteur et le récepteur.

Dans le cas du Bitcoin et de la blockchain, la cryptographie n’est pas utilisée pour coder l’information qui annonce que vous envoyez 0,06 Bitcoins à votre petite soeur. Tout le monde pourra voir que l’adresse A a envoyé 0,06 Bitcoin l’adresse B, même si personne n’a l’information concernant l’identité des détenteurs de l’adresse A ou B. Ce qui est crypté, par contre, c’est la signature que vous réalisez pour valider la transaction : vous signez pour dire « je confirme que je suis le détenteur de cette adresse qui possède 0,12 Bitcoin, et je souhaite en envoyer 0,06 à l’adresse B ».

La cryptographie permet simplement dans le cas présent, de créer des signatures non falsifiables : personne d’autre que vous n’aura accès à votre signature permettant de valider les transactions en provenance de votre adresse.

C’est un peu comme votre code de carte bleue, à la différence près que, si on vous pique votre carte bancaire, même sans votre code on peut dépenser votre argent (via des achats en ligne par exemple).


Le Bitcoin : une technologie, la Blockchain.
Le bloc, élément constitutif de la blockchain

Dans le paragraphe précédent, vous avez pu commencer à toucher du doigt cette idée que le Bitcoin est innovant grâce à la technologie qui lui permet d’exister, et qui remplace l’intermédiaire bancaire : la blockchain.
Ici, on ne s’attardera pas sur le fonctionnement technique de la blockchain qui peut être assez difficile à saisir pour un non initié. Si, en plus de comprendre le Bitcoin, vous êtes curieux de comprendre tous les rouages de la blockchain, vous pouvez lire ce dossier en trois parties : Comprendre (pour de vrai) la blockchain.

Dans les grandes lignes, la Blockchain, c’est quoi ?
Pour répondre le plus simplement possible, on pourrait définir la blockchain comme une base de données partagée, impossible à pirater.

Bon, je sens bien que si je m’arrêtais là dans les explications je vous laisserais sur votre faim, alors voici de quoi aller plus loin :

La blockchain est une technologie dans laquelle chaque transaction qu’un individu souhaite effectuer est envoyée dans le système, puis validée par ce qu’on appelle des mineurs (4). En théorie, n’importe qui peut être mineur. Vous même, pouvez décider de « miner ». Alors votre rôle sera de valider les transactions émises par les utilisateurs de Bitcoins, grâce à un procédé informatique (vous aurez donc besoin d’un ordinateur pour devenir mineur, et mieux vaut une sacrée bestiole en termes de puissance).

Si on parle de « block » chain, c’est parce que la validation des transactions se fait par bloc. Je vous la fait simple : un mineur va valider les transactions, non pas une par une, mais bloc par bloc. Un bloc représente entre 1200 et 2700 transactions si on se réfère aux chiffres des 12 derniers mois(5).

Une fois qu’un mineur confirme un bloc, les autres vont également vérifier qu’il est valide, et que tout le processus a été respecté. Enfin, les transactions suivantes formeront un nouveau bloc qui devra être à son tour validé.

Mais qu’en est-il de la notion de « chain » ? En fait, chaque block fait référence au précédent, de façon infalsifiable. Ils sont donc liés, et forment une chaine.

C’est ça la Blockchain. Des blocs, qui s’enchaînent.

Pour reprendre ces idées avec des exemples plus concrets, on peut associer les mineurs à des témoins qui notent dans un livre toutes les transactions qui ont eu lieu depuis la création de la blockchain. Chaque mineur possède une copie de ce livre, ils ont donc tous le même historique de transactions.
Les blocs sont comme une page du livre, et les mineurs sont chargés de valider à la fin de chaque page que les transactions ont bien eu lieu dans les règles. Une fois validée par un mineur, cette page de transactions est vérifiée par tous les autres mineurs, qui la recopient dans leur livre. Après chaque page écrite, validée, et recopiée, une nouvelle page démarre en faisant référence à la page précédente : c’est comme si on écrivait, en condensé, ce qu’il s’était passé dans la page qui vient d’être rédigé.

Finalement, le Bitcoin et la Blockchain, c’est l’ensemble des règles communes que les mineurs respectent pour ajouter les transactions dans les blocs, puis les valider. Ces règles sont appliquées via un programme informatique complexe.

L’ensemble des mineurs forme un réseau décentralisé : l’information de la Blockchain n’est pas conservée sur un serveur central unique mais sur l’ensemble des ordinateurs qui possèdent une copie de la Blockchain. Pour comprendre le Bitcoin, la notion de réseau décentralisé est justement le dernier point à aborder.

 

Le Bitcoin : un réseau décentralisé.

Le dernier concept évoqué par Andreas Antonopoulos, nécessaire pour comprendre le Bitcoin et la Blockchain, est celui du réseau décentralisé.

Nous l’avons souligné, le Bitcoin est un système « peer-to-peer » (particulier à particulier). On connait aujourd’hui de plus en plus d’entreprises qui se développent en prônant ce concept : Blablacar, AirBnB…

Ces entreprises reposent sur le principe simple que les particuliers, entre eux, peuvent s’octroyer des services moyennant une rémunération. Ainsi, votre pote Pierrot, vous l’avez rencontré lors d’un trajet Blablacar. Vous étiez d’accord pour le déposer à Nantes en passant le prendre à Paris, car ce trajet était sur votre chemin, mais aussi parce que vous pouviez bénéficier d’une compensation financière.

Cependant, dans les cas de Blablacar et AirBnB, ce réseau de particuliers qui interagissent entre eux est centralisé. Tout passe par la plateforme de ces entreprises qui ont un contrôle complet : elles maîtrisent l’information qui y transite, elles sont également les intermédiaires pour les transactions (et prennent une commission au passage), et peuvent exclure des utilisateurs selon des critères qu’elles sont (presque) totalement libres de définir. C’est un peu comme si elles s’accordaient le rôle de Big Brother dans leur business.

Du fait de la centralisation, elles ont le contrôle et l’utilisateur ne l’a pas. Ce contrôle peut sembler nécessaire, car l’entreprise assure une certaine sécurité : l’entreprise va s’assurer que vous avez payé, et que vous avez en retour le service souhaité.

L’idée d’un réseau décentralisé repose simplement sur le fait de soustraire cet intermédiaire (en l’occurence l’entreprise) qui contrôle et centralise toutes les informations et les flux monétaires.

Mais je vous vois venir avec votre question : « sans intermédiaire, qu’est ce qui me garantit que si j’accepte de déposer Pierrot à Nantes, il me paiera bien 10 euros comme convenu ? » 
Ce problème de confiance que les intermédiaires bancaires, ou entreprises d’autres secteurs telles que Blablacar ou AirBnB permettaient d’éliminer, peut enfin disparaitre grâce à la technologie de la Blockchain et ses mineurs, témoins de chaque transaction qui passe par le réseau.

Tant que le nombre de mineurs est suffisant, aucun individu n’a le pouvoir de contrôler les informations et les échanges, et donc personne ne peut agir de manière arbitraire. Le réseau décentralisé implique un consensus : aucun des fonctionnements actuels ne peut changer sans que la majorité des utilisateurs s’accordent.

 

Comprendre le Bitcoin c’est fait. Mais c’est quoi ses avantages ?

De façon assez sommaire, les avantages que les médias évoquent (et mettent en doute régulièrement) sont les suivants : les transactions sont instantanées, très peu onéreuses, et anonymes.

Ces trois avantages sont en réalité des idéaux que le Bitcoin atteint selon les périodes.

La congestion du réseau (quand trop de monde l’utilise en même temps) nuit à la rapidité d’exécution des transactions, et au montant de leurs frais.

Pourtant, les avantages qui me semblent aujourd’hui les plus importants et révolutionnaires sont bien différents de ceux évoqués à tout bout de champs.

1) L’accès au système bancaire

Vous ne le savez peut être pas, mais à peine 1/6eme des habitants de notre planète bleue a accès à un compte bancaire et aux services qui vont avec (6).

Pourquoi ? Pour des raisons de solvabilité, ou de disponibilité de ces services dans leurs pays. 
Avec le Bitcoin, cette discrimination prend fin : nous sommes tous égaux et pouvons tous posséder un compte avec des Bitcoins, tant que nous avons une connexion internet.

Par conséquent pour la première fois certaines populations vont pouvoir intégrer un système financier et profiter des services qui y sont liés.

2) Reprise du contrôle

Lorsqu’on dépose de l’argent en banque, la banque possède nos euros. Elle peut à tout moment geler notre compte ou le ponctionner pour se remettre à flot en cas de crise. Cela peut vous sembler surréaliste mais c’est exactement ce qu’il s’est passé à Chypre suite à la crise des subprimes (5).
La banque sait également tout, concernant nos interactions financières.

Avec les crypto-monnaies, nous sommes notre propre banquier. Nous contrôlons et possédons réellement nos monnaies. Aucune entité ne peut saisir, manipuler ou contrôler le système et nos actifs. En reprenant le contrôle, on regagne un peu de terrain dans la lutte pour la liberté.

Bien évidemment, le contrôle vient avec des responsabilités: si vous envoyez par erreur vos cryptos à la mauvaise adresse, vous ne pourrez jamais annuler la transaction.

Mais comme l’a si bien dit Benjamin Franklin :

« Any society that would give up a little liberty to gain a little security will deserve neither and lose both. »
« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

 

 

Notes

(1) Dans les faits, les recherches sur les crypto-monnaies existent depuis plusieurs décennies, donc il est fort possible que la création du Bitcoin suite à la crise des subprimes soit une coïncidence plus qu’une réaction.

(2) Andreas Antonopoulos est un expert de la Blockchain et du Bitcoin, qui a écrit plusieurs livres qui servent aujourd’hui de référence sur le sujet. Il a aussi donné de nombreuses conférences dans le but de démocratiser le Bitcoin et de l’expliquer.

(3) The Internet of Money, Andreas Antonopoulos, 2016

(4) On parle ici du cas du Bitcoin et de sa Blockchain. D’autres crypto-monnaies fonctionnent parfois sur d’autres Blockchains qui fonctionnent sans mineur. Cela fera l’objet d’un dossier dans lequel nous pourrons vous expliquer les différentes Blockchain existantes et ce qui les caractérise.

(5) https://blockchain.info/fr/charts/n-transactions-per-block

(6) Ces chiffres proviennent du livre The Internet of Money d’Andreas Antonopoulos. Pour les appuyer, voici des rapports (un en anglais, l’autre en français) qui présentent les chiffres des populations non bancarisées. Attention, contrairement à A.Antonopoulos, ces rapports ne parlent que des adultes et excluent dans leurs statistiques les populations plus jeunes (adolescents et enfants),  ce qui explique l’écart des statistiques avec celles avancées dans The internet of Money.

Rapport de la banque mondiale

Article en anglais de Business Insider UK


2 commentaires

#Dossier - Comprendre (pour de vrai) la blockchain - Cryptomani · 10 avril 2018 à 16 h 46 min

[…] être opportun pour les plus néophytes d’entre vous de commencer par lire notre premier dossier Le Bitcoin, kézako ? , pour avoir une vision plus globale et moins technique de la […]

#Dossier - Le Bitcoin est-il une révolution ? - Cryptomani · 25 mai 2018 à 15 h 08 min

[…] en quoi la technologie du Bitcoin est géniale. Mais si vous souhaitez la comprendre, nos dossiers le Bitcoin, Kézako ?, et Comprendre (pour de vrai) la blockchain sont là pour ça.Ce que nous allons faire dans cet […]

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