Pour ceux qui auraient raté l’article d’introduction à ce dossier-série, avec la liste des clichés déjà traités, c’est ici.

Cliché n°5 : Le Bitcoin ? C’est un Ponzi !

“Le Bitcoin, c’est une pyramide de Ponzi !”

On s’attaque aujourd’hui au cliché n°5 de notre dossier-série. Et comme on peut le constater, les notions de Bitcoin et Ponzi sont souvent associées :

Le Bitcoin est une chaîne de Ponzi, article de Business Bourse

L’inde compare le Bitcoin à une pyramide de Ponzi, article de La Tribune

Le Bitcoin, entre monnaie et chaîne de Ponzi, article des Echos

Le Bitcoin ? “Une bulle, un montage Ponzi et un désastre environnemental” article de LeTemps.ch

Mais comme chacun des clichés déjà traités, nous allons nous pencher sur la question et montrer, sources à l’appui, que ce n’est pas si simple, voire même totalement faux !

Ponzi ? C’est une marque de pâtes ?

Si vous êtes comme ma sœur, fan de pâtes et moins de finance, il est possible que le terme Ponzi vous fasse davantage penser à une marque italienne de féculent qu’à une escroquerie.

Il y a malgré tout un point commun entre les pâtes et Ponzi : leur origine, l’Italie.

Charles Ponzi (sur la photo ci-dessus) est un escroc italien né en 1882, et mort au Brésil en 1949.
Il a rendu célèbre une escroquerie spécifique qui à présent porte son nom : la pyramide de Ponzi (ou chaîne de Ponzi, ou encore système Ponzi).

Le fonctionnement d’un Ponzi est simple : il faut convaincre des individus d’investir, avec la promesse d’un rendement élevé et stable. Le rendement est en fait assuré par l’argent amené par les nouveaux investisseurs. Une fois que plus personne n’investit, la pyramide s’effondre puisque sans nouveaux investisseurs, il n’y a plus de rendement et l’escroquerie est révélée.
L’enjeu pour quelqu’un mettant en place ce système est de partir avec la caisse avant que la magouille soit découverte.
Aussi, si on appelle ça une pyramide, c’est simplement parce que plus on est haut dans la pyramide (premiers arrivés) plus on a de chance de gagner gros. La très grande majorité des participants sont cependant perdants.

A titre d’exemple, si en école primaire vous souhaitiez accumuler un maximum de cartes Dragon Ball Z, car vous étiez un fan inconditionnel, et que vous n’aviez pas peur d’arnaquer vos petits camarades, voilà comment ça se serait passé si vous aviez mis en place une chaîne de Ponzi :

Votre meilleur pote Martin aurait été le premier à tomber dans le panneau et vous aurait donné 10 cartes DBZ (ticket d’entré) en échange de quoi vous lui auriez promis 3 cartes par jour.
Vous seriez également parvenu à convaincre deux filles de CP, Lisa et Camille (étant en CM1 vous auriez eu pas mal d’influence sur elles, donc facile de les convaincre). Grâce aux 20 cartes de Lisa et Camille, vous auriez pu donner 3 cartes par jour à Martin pendant presque une semaine.
Tout heureux, il aurait répandu la bonne affaire et vous aurait ramené naturellement de nouveaux camarades qui, eux aussi, auraient voulu gagner 3 cartes par jour ! Les autres enfants qui auraient investi 10 cartes par la suite auraient permis de payer les intérêts de Lisa, Camille et Martin, et ainsi de suite.

Chaque nouvel enfant qui vous donne 10 cartes permet de reverser les 3 cartes que vous avez promis aux autres. Jusqu’à ce que plus personne n’investisse, que votre arnaque soit révélée et que vous perdiez tous vos copains.

Les caractéristiques d’un Ponzi :

1) Promesse d’une rentabilité hors du commun :

Le but d’un Ponzi est de recruter de nouveaux investisseurs en permanence pour, avec leur argent, payer les intérêts des investisseurs précédents. Pour cela, quoi de plus attractif que de promettre des gains bien au-delà de ce que les investissements classiques proposent ?

2) Promesse d’une stabilité des rendements (faible volatilité) :

Les promesses se portent également sur la stabilité des rendements, puisque personne n’aime les risques. C’est donc encore une fois pour être attractif que l’offre faite suppose peu de volatilité.

En finance les investissements sont toujours plus ou moins volatiles. “High risk, high reward” (Grand risque, grande récompense) est une phrase courante qui traduit bien l’idée que les rendements élevés tendent toujours vers une volatilité (et donc un risque) élevée.

Ainsi, on peut gagner de l’argent au global, en investissant dans des actifs, mais on sera perdant certains jours, semaines, ou mois, et gagnant à d’autres moments.

L’investissement fortement rentable et stable est considéré comme le Saint Graal en finance et personne n’a jamais trouvé comment l’obtenir.

3) Peu ou pas de transparence :

Les escrocs sont toujours très opaques au sujet des moyens par lesquels ils obtiennent les rendements qu’ils promettent.

Autrement dit, ils vous expliqueront toujours leur stratégie de manière complexe, pour faire en sorte que personne ne soit en mesure de comprendre exactement ce qu’il se passe (sans quoi l’arnaque serait découverte !).

4) Des systèmes d’affiliation (aussi appelé referral) :

Puisque le Ponzi repose sur le recrutement permanent de nouveaux investisseurs pour grossir, des stratégies d’affiliation sont mises en place.  Ainsi, si vous avez investi, et que vous parvenez à convaincre un ami ou une connaissance d’investir à son tour, vous pourrez prendre une commission.
Vous gagnez de l’argent et inconsciemment vous entretenez le Ponzi.

       

Et le Bitcoin dans tout ça ?

Tout d’abord, il est important de souligner que le but du Bitcoin n’a jamais été d’être un investissement, alors que le Ponzi, par nature, est présenté comme tel.
Pour vous convaincre davantage : reprenons une par une les caractéristiques d’un Ponzi pour vérifier que le Bitcoin n’en est pas un !

1) Promesse d’une rentabilité hors du commun :

Il n’y a aucune promesse de rendement lorsque vous investissez dans le Bitcoin. Personne ne vous dit que vous allez gagner beaucoup, le conseil premier est d’ailleurs qu’il ne faut jamais investir plus que ce qu’on est prêt à perdre, au cas ou justement, on perdrait tout…!

Si on s’intéresse au white paper du Bitcoin publié en 2008 (1), la notion de retour sur investissement n’est jamais évoquée.

2) Promesse d’une stabilité des rendements (faible volatilité) :

Ici, les chiffres parlent d’eux mêmes, voici la courbe du prix du Bitcoin des 6 derniers mois (2), le prix du dollar étant indiqué sur la droite :

On conviendra que niveau stabilité il y a mieux. Le marché des crypto-monnaies est connu pour être fortement volatile, ce qui s’oppose clairement à l’idée des rendements stables d’une pyramide de Ponzi.

3) Peu ou pas de transparence :

Le Bitcoin est un projet open source (c’est quoi open source ?) dont le code est visible par tous. Et comme vous le savez, puisque vous avez tout compris au Bitcoin grâce à notre dossier Le Bitcoin, kézako ?, les transactions sont publiques, tout le monde peut tout voir. On peut donc difficilement faire mieux en terme de transparence.

4) Des systèmes de referrals :

Ne vous méprenez pas ! Il n’y a pas de système d’affiliation (ou referral) dans le Bitcoin.
Vous n’allez jamais gagner d’argent en incitant quelqu’un à investir.

Ce qui existe, ce sont des plateformes d’échange de crypto-monnaies qui vous récompensent si vous leur amenez un nouvel utilisateur. C’est une stratégie marketing qu’ils emploient qui n’a rien à voir avec le fonctionnement du Bitcoin, il faut bien distinguer les deux.

En conclusion, le cliché affirmant que Bitcoin est un Ponzi… est complètement faux !

Le Bitcoin n'a rien d'un Ponzi

Attention toutefois, des Ponzi peuvent exister dans le monde des crypto-monnaies, à l’image de BitConnect. Un article très bien fait de Numerama vous explique ce qu’est BitConnect et en quoi c’est un Ponzi ici.


1 commentaire

#Dossier - Lutter contre les clichés du Bitcoin - Cryptomani · 26 mars 2018 à 14 h 56 min

[…] (5) “Le Bitcoin, c’est une pyramide de Ponzi !” […]

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