Par souci de clarté, nous parlons dans cet article du Bitcoin au sens large (la technologie Bitcoin et sa blockchain).

Le Bitcoin est-il une révolution ?

Ce fameux débat… le Bitcoin est-il une révolution ? Est-il une simple avancée technologique ? Est-il voué à l’échec ?
Chacun y va de son analyse, mais comme tous contemporains d’une époque et d’une innovation, nous ne sommes pas capables d’apporter une réponse assurée. Nous ne pouvons qu’avoir des convictions.

Au risque de vous décevoir, nous ne sommes pas un messie venu du futur pour vous annoncer le succès (ou la débâcle) que connaîtra le Bitcoin d’ici 10 ans.

Nous n’allons pas non plus vous expliquer en quoi la technologie du Bitcoin est géniale. Mais si vous souhaitez la comprendre, nos dossiers le Bitcoin, Kézako ?, et Comprendre (pour de vrai) la blockchain sont là pour ça.
Ce que nous allons faire dans cet article, c’est partager une de nos réflexions, qui se base sur une idée d’Idriss Aberkane, neuro-scientifique français, et sur les écrits de Andreas Antonopoulos.

Idriss Aberkane : les révolutions en 3 étapes

Révolution (définition Larousse) :
– Mouvement d’un objet autour d’un point central, d’un axe, le ramenant périodiquement au même point.
– Changement brusque, d’ordre économique, moral, culturel, qui se produit dans une société.

Il y a deux définitions principales du terme révolution, et, vous l’aurez compris, celle qui nous intéresse dans le cas présent est la seconde : un changement brusque qui se produit dans une société.

Et concernant ce type de révolution, notre ami le neuro-scientifique Idriss Aberkane défend que toutes révolutions passent par 3 étapes. Il reprend en fait ce qu’Arthur Schopenhauer exprimait au sujet des vérités pour l’appliquer aux révolutions :

« Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence. »

Arthur Schopenhauer, 1788-1860

Ces étapes correspondent aux mentalités de la société et à la vision générale de la population et des institutions vis à vis des révolutions en cours :

Ridicule, dangereux, évident

Le droit de vote des femmes ?

C’était vu comme une idée ridicule au départ « une femme qui vote, mouhahaha c’est absurde » (on rappelle que les femmes n’étaient même pas considérées comme citoyennes lors de la Grèce antique, au même titre que les enfants et les esclaves).
Puis c’est devenu une idée dangereuse : « comment ça ? Les femmes qui votent ? Mais c’est dangereux, comment des personnes qui ne travaillent pas et sont peu éduquées pourraient voter pour le meilleur dans la société ?! ».
Pourtant, aujourd’hui c’est évident que les femmes doivent avoir accès au droit de vote. Bon je vous vois venir avec la blague macho et pleine de finesse : “Mouais, les femmes qui votent même aujourd’hui c’est ridicule”.

L’abolition de l’esclavage ?

Ridicule : « Haha, ces idéalistes veulent abolir l’esclavage, ça n’a pas de sens, les esclaves ne sont même pas des hommes, pourquoi les traiter d’égal à égal ? »
Dangereux : « Mais c’est aberrant, ça va détruire notre économie si nous n’avons plus d’esclaves pour travailler dans nos champs ! »
Évident : « Tous les Hommes sont égaux »

 

Il précise cependant que si chaque révolution passe scrupuleusement par ces 3 étapes (faites le test chez vous), la réciproque n’est pas vérifiée : ce n’est pas parce que quelque chose est d’abord ridicule, ensuite dangereux puis évident que c’est forcément une révolution.

Ne pas faire d’amalgame donc.

The Internet of Money d’Andreas Antonopoulos

Ce qui est frappant, c’est qu’en lisant le livre d’Andreas Antonopoulos The internet of Money, il compare le Bitcoin et les critiques qu’on lui fait aux autres grandes inventions de l’Histoire et la façon dont elles se sont imposées malgré ça.
Et curieusement, il décrit exactement ce phénomène pour les quelques révolutions sur lesquelles il appuie son argumentation.

La révolution des modes de transport avec la voiture

Dans son livre il explique qu’au départ la voiture a été légèrement controversée. Oui, c’est un euphémisme.

Initialement, la voiture était plus lente que les chevaux, plus couteuse, plus bruyante, avait plus de panne, et souffrait d’une contrainte non négligeable :  faire le plein était une véritable épopée digne d’Ulysse tant il manquait de lieux où se fournir en carburant.

Par conséquent, seuls quelques riches personnes considérées comme des rêveurs idéalistes s’aventuraient à utiliser cette invention. La voiture était perçue comme une nouveauté ridicule utilisée par des excentriques.

Puis, la voiture est devenue dangereuse. Il y avait des accident, du fait de l’absence  à la fois d’un code de la route adapté, et de routes convenables pour ces véhicules.
A tel point qu’en Grande-Bretagne, la loi a tranché : pour conduire une voiture il fallait un pilote, un copilote, et quelqu’un qui court  devant pour prévenir les passants qu’elle arrivait.

Autant dire que de telles contraintes et régulations n’aidaient pas à l’adoption et au développement de la voiture.

Puis, avec le temps, les infrastructures nécessaires pour supporter ce nouveau mode de transport ont été créées permettant ainsi à la voiture d’exprimer son plein potentiel et de devenir ce qu’on en sait aujourd’hui : indispensable, évident.
Routes, stations essences fréquentes, code de la route, signalisation… tous ces éléments étaient en fait l’infrastructure manquante pour permettre un cadre propice à l’expression du plein potentiel de la voiture.

Ridicule, dangereux, évident.

La révolution énergétique : l’électricité

Avoir l’électricité dans les maisons tel qu’on le connait aujourd’hui n’a pas été une aventure sans embuche. A l’aube de l’adoption de cette nouvelle technologie, seuls les riches pouvaient se le permettre (a croire que les révolutions sont affaires de riches !). Et oui, tous les câbles électriques nécessaires pour que la maison puisse recevoir l’électricité et l’exploiter coûtaient une fortune, et seuls les bourgeois pouvaient se permettre une telle lubie. C’était alors considéré comme un jouet sans réelle valeur ajoutée. Bref, c’était ridicule.
D’autant plus ridicule que, les connaissances n’étant pas bien développées sur le sujet, il arrivait que les câbles ne supportent pas bien le courant, entrainant des incendies, et des accidents en tout genre (personnes qui s’électrocutent, etc.). C’était donc perçu comme quelque chose de vraiment dangereux.

Le maire de Paris aurait même déclaré en 1900, lors de l’exposition universelle :
« L’électricité est une mode, et dès que nous clôturerons l’exposition et démonterons la tour Eiffel, l’électricité disparaîtra de l’histoire ».
Il se trompait sur deux points : l’électricité est aujourd’hui indispensable, et la tour Eiffel perdure, pointée vers les cieux, elle n’a jamais été démontée.

Ridicule, dangereux, évident.

Andreas Antonopoulos amène d’autre exemples, comme l’évolution des moyens de communication, en partant du téléphone, pour arriver à internet. Il cite aussi le président (à l’époque) d’IBM Thomas Watson qui en 1943 affirmait : « Je pense que le monde aura besoin de tout au plus 5 ordinateurs ».

Au delà du fait que le modèle présenté par Idriss Aberkane est respecté dans tous ces exemples, il est important de se rendre compte que ce qui importe n’est pas l’innovation telle qu’elle est aujourd’hui. 
La voiture initialement n’était pas pratique. L’électricité était dangereuse. Les ordinateurs faisaient la taille d’une maison.

Ce qui est important c’est le potentiel d’une innovation, et notre capacité à la faire évoluer pour qu’elle devienne une révolution.
 Lors des premières années d’internet, si vous aviez regardé une vidéo sur Netflix vous auriez fait tout sauter car la capacité du réseau en terme de transmission de données était beaucoup trop faible. Mais le temps et le progrès ont amené Internet au cœur de nos vies aujourd’hui et le streaming se déroule (presque) sans encombre.

Et le Bitcoin, ça suit les 3 étapes d’une révolution ?

En 2008, lors de sa création, la plupart des gens avaient tendance à réagir de la même manière, et penser que ceux qui achetaient des Bitcoins étaient des idéalistes illuminés qui dilapidaient stupidement leur argent, et que leur lubie était ridicule.

Aujourd’hui, on est dans une phase entre le dangereux et l’évident.

Les banques et les médias alertent régulièrement au sujet des « dangers » du Bitcoin. Dangers à relativiser la plupart du temps, comme nous l’avons montré dans notre dossier Lutter contre les clichés du Bitcoin. Voici quelques exemples d’articles de presse qui vont dans ce sens :

– Alternatives-économiques : Bitcoin : attention danger !
– Ouest-France : Pourquoi Bitcoin est un danger pour la planète
– Le Point : Bitcoin : une monnaie « uberisée » mais pas sans danger

Parallèlement, de plus en plus d’institutions et de grandes figures du monde des affaires, affirment que le Bitcoin ou du moins la technologie de la blockchain, est un changement majeur et va révolutionner au moins quelques industries :
– Christine Lagarde affirme que l’avenir monétaire est au Bitcoin
– La france souhaite attirer les crypto-entrepreneurs du monde entier
– Tim Draper, fameux milliardaire pense que “Le bitcoin sera plus grand que l’internet”
– Amazon se penche sur la technologie de la blockchain ainsi que Facebook.

Si nous sommes dans une phase entre le dangereux et l’évident, c’est parce que le Bitcoin est très certainement imparfait en l’état actuel des choses. Mais encore une fois, quel est son potentiel ?

En fin de compte, si on considère, comme Idriss Aberkane, que toutes révolutions passent par les phases Ridicule, Dangereux, Évident, le Bitcoin pourrait très bien en être une puisque jusqu’à présent il se calque parfaitement sur le modèle décrit par le jeune neuro-scientifique.

Mais, vous l’avez bien compris, toute innovation qui passe par ces 3 phases n’est pas nécessairement une révolution. Tout est histoire de conviction, vous vous doutez des nôtres, mais quelles sont les vôtres ?


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *