Ce dossier s’inscrit dans notre dossier-série Le Bitcoin, une philosophie et des valeurs. Ici, le terme Bitcoin fait référence à la technologie, et à la blockchain de manière générale, et ne se restreint pas à la cryptomonnaie bitcoin.

Le Bitcoin porteur de liberté – Valeur #2

Quand on parle de la liberté, où plutôt de son absence, on pense assez naturellement aux dictatures et régimes autoritaires qui ont existé à travers l’Histoire et encore aujourd’hui. On pense également aux nombreux romans qui dépeignent un monde dans lequel le peuple est opprimé et surveillé. Le plus connu est certainement 1984 écrit par George Orwell en 1949, qui imagine un monde où la surveillance de masse appliquée par Big Brother supprime toutes libertés individuelles.

Depuis, l’expression Big Brother est utilisée pour qualifier toutes les institutions ou pratiques qui portent atteinte à la liberté et à la vie privée des individus ou populations par la surveillance.

« Big Brother is watching you ». C’est parce que Big Brother est omniscient qu’il est capable de tout contrôler et de contraindre les individus à un comportement, ou de les punir s’ils s’en écartent.

Si aujourd’hui la sécurité des données sur Internet est un sujet dont on se soucie de plus en plus, c’est bien parce que les entreprises et les Etats possèdent une visibilité accrue sur nos faits et gestes, et même nos convictions. En effet, avec les réseaux sociaux et les smartphones, ils ont entre leurs mains tous les outils pour lire nos vies : savoir ce qu’on aime, quel journal nous lisons, où nous sommes et à qui nous parlons.

Ainsi, j’ai régulièrement cette sensation qu’Internet peut à la fois nous libérer et nous asservir. Comme si c’était une porte qui une fois franchie pourrait nous amener vers un monde utopique, ou nous faire chavirer dans la dystopie.

Pourtant, cette idée selon laquelle nous sommes surveillés n’a pas attendu l’arrivée d’Internet, mais existe depuis toujours. Ainsi, dans les années 80, alors que vos parents (ou vous même peut-être) dansaient sur Thriller de Michael Jackson ou Eyes of the Tiger de Survivor, David Lee Chaum, lui, proposait l’idée d’une monnaie cryptographique dans l’article « Security without identification: transaction systems to make Big Brother obsolete » (1985) (« Sécurité sans identification : un système de transaction pour rendre Big Brother obsolète »).

Quelques décennies plus tard, en 2008, après plusieurs tentatives de mise en place d’une monnaie cryptographique, c’est finalement Satoshi Nakamoto qui propose l’expérience d’une cryptomonnaie la plus réussie avec le Bitcoin.

Bitcoin, héritier des crypto-anarchistes et des libéraux.

Ok, j’avoue, ces mots peuvent faire peur. Mais restez ici, et lisez ce qui suit, car connaître l’origine idéologique du Bitcoin, c’est comprendre les valeurs qu’il porte.

Tous les travaux effectués sur le développement d’une monnaie cryptographique de 1985 à 2008 avaient une démarche commune : créer une monnaie anonyme et intraçable, décentralisée et libérée de toute influence étatique. Ainsi, la monnaie cryptographique se libère de l’emprise de l’Etat et du contrôle que celui exerce sur les informations relevant de la sphère privée.

Ces idées sont considérées comme les racines du mouvement « cypherpunk », un mouvement crypto-anarchiste qui s’est essentiellement manifesté dans les années 90.

Mais du coup, c’est quoi un crypto-anarchiste ?

C’est tout simplement un anarchiste (soit quelqu’un qui souhaite une société sans Etat, car considéré comme dangereux, où les individus coopèrent dans une dynamique d’auto-gestion, sans hiérarchie) qui applique sa vision au web.

Les crypto-anarchistes ont tendance à vouloir tout crypter, protéger toutes leurs données, dans le but de s’affranchir du fameux Big Brother. Bitcoin répond totalement à ce besoin puisque la technologie de la blockchain utilise la cryptographie. C’est d’autant plus vrai que la neutralité du Bitcoin (cliquez pour voir notre article à ce sujet) assure que le réseau n’a aucun droit de regard sur qui génère la transaction, son montant, sont but ou son destinataire.

Il faut prendre en considération ces mouvements crypto-anarchistes pour restituer pleinement le contexte dans lequel le Bitcoin est apparu. Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, assure d’ailleurs que le Bitcoin trouve sa genèse dans ces mouvements.

Bitcoin et libéralisme économique

Toutefois, Satoshi Nakamoto ne s’en prend pas particulièrement à l’Etat dans les différents textes qu’il publie. Il s’agit plutôt d’une remise en cause du système bancaire, et des banques elles-mêmes. Il critique leur gestion de la monnaie, et l’inflation qu’elle provoquerait. L’inflation pour rappel, c’est quand pour 6 euros hier vous pouviez déguster votre menu maxi best of Big Mac supplément Nuggets, alors qu’aujourd’hui la même chose vous coûte 9 euros. Autrement dit, plus le temps passe, moins les euros, les dollars ou les yens ont de valeur.

Cela fait fortement écho au libéralisme autrichien notamment porté par Hayek. En 1976,  ce dernier propose un modèle visant à lutter contre l’inflation. Le concept est relativement simple, il émet l’idée d’une société où les monnaies sont privées, en concurrence les unes avec les autres, et les individus peuvent choisir en lesquelles ils ont confiance et donc celles qu’ils utilisent.

Cette idée de multiplicité des monnaies privées se retrouve d’ailleurs absolument dans l’écosystème crypto d’aujourd’hui, puisque il existe plusieurs milliers de crypto-monnaies, dont certaines sont concurrentes (Monero, Zcash et Dash par exemple).

Bitcoin porte donc l’héritage intellectuel des crypto-anarchistes et des libéraux et réalise partiellement les aspirations de ces deux courants de pensées, notamment par deux aspects.
Tout d’abord, parce qu’il permet un certain anonymat, il répond bien à cette volonté de ne plus avoir la population sous la surveillance de l’Etat. Le Bitcoin nous permet de se soustraire à l’oeil inquisiteur de Big Brother.

Ensuite, les monnaies traditionnelles portent en elles les valeurs et la vision des Etats qui les émettent. Cela se traduit par la politique monétaire appliquée par les gouvernements et les banques centrales, et l’inflation qu’on connaît depuis plusieurs décennies. Dans le fonctionnement actuel, nous sommes tous dépendant des décisions de l’Etat quant à sa politique monétaire. La dépendance d’ailleurs… Ce ne serait pas quelque chose qui nous éloigne de la liberté ?
Une monnaie qui n’est pas dépendante du pouvoir étatique, telle que le Bitcoin, offre le choix aux utilisateurs d’employer une monnaie qui porte d’autres valeurs et une autre vision que celle de l’Etat, à l’instar des monnaies locales qui émergent dans différentes zones géographiques.

Les crypto-monnaies, en fin de compte, permettent par l’alternative qu’elles représentent et par leur multiplicité, de choisir celle qui nous paraît la plus fiable, de ne plus être dépendant des choix étatiques et d’affirmer les nôtres.


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#News - La bourse de New York se jette dans le bain des cryptos ! - Cryptomani · 6 août 2018 à 11 h 12 min

[…] dans la vision du CEO d’ICE, le Bitcoin ne peut survivre avec le format imaginé par les crypto-anarchistes et doit s’adapter aux infrastructures existantes du monde financier.Attention donc, car pour […]

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